Merci, professeurs de
français, de philo, de journalisme, pour vos innombrables recommandations,
celles qui nous exhortent à écrire selon des critères établis, vos
critères, précis, techniques, littéraires, précieux, historiques.
Oui, il faut éviter les mots
pauvres ou de consonance maigre et n'utiliser que les riches, à la condition
quand même qu'ils ne soient pas trop longs, car contrairement aux usages, plus
c'est long et moins c'est bon en terme d'écriture. La discrimination, en
matière de langage, ce sont les riches et les pauvres. Comment tu t'appelles
toi ? Ah, c'est toi pauvre Mot mot, enchanté moi c'est mot riche et je
suis chevalier.
Ne prenez que les mots courts
plutôt de les pendre de court, prenez les donc hauts et courts. Pas de mots longs, car le mot long est comme la
pastèque, mais plus sucré. Eviter l'émotion, c'est éviter les mots cris d'autrui
en emporte le van of course.
Attention, il ne faut pas que
le lecteur soit à la peine en tentant de décrypter vos propos et, si par
malheur vous n'êtes pas à la hauteur, que ce soit pour faire une accroche, une
brève ou alors une chute, et bien soyez sûrs que c'est la chute qui l'emportera
ou, plutôt qui vous entraînera dans les méandres de l'oubli.
Foutaises que tout cela, ne
craignez pas le verdict des burnes et écrivez donc comme vous respirez,
qu'importe que vous soyez banni du monde des lecteurs si la voie vous est
barrée.
Si par malheur, un de ces
braves vous indiquent qu'il faut éviter certaines expressions comme « il y
a », citez lui donc ce poème de Guillaume Apollinaire, passé à la
postérité depuis, qui usa et abusa par petites touches piano rétro de mots clavecin
en pas feutrés. Eût-il fallu le jeter ? Le poème hein, pas
Guillaume quand même !
Tiens, et bien pour
Guillaume, je vous les livre comme tell…
Il y a
Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au p'tit Lou
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t'appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t'adore
Guillaume Apollinaire
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