Ce matin, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, en
clair, au lever du jour, Je partais, vois-tu, je sais ce qui m'attendais. J'allais
au boulot quoi.
J'allais par la forêt, et surtout par la route, car j'ai une golf diésel et non
point un 4X4. Je cheminais doucement, tranquillement, je flânais à 50, 50 kilomètres à l'heure lorsque, tout à
coup, un véhicule non identifié déboula derrière moi à grande vitesse. J'ôtais
rapidement le pilote automatique de la golf pour en reprendre le contrôle
manuel et, actionnant le clignotant
droit, je me rangeais sur le bas côté de la chaussée pour laisser passer le
moine, car l'habit ne fait pas le moine, ce qui n'est pas le cas de la chaussée.
Roooooooahhhhhrrrrrrrr, fit la voiture en me dépassant. J'étais
encore, comme à l'accoutumée, sur le programme lent. Le matin, au lever, tout est
programmé chez moi. Jamais un geste en trop, jamais d'imprévus si cela est
possible qui ne puisse être anticipé. Ainsi, la journée démarre doucement, pour
se terminer lentement. Rien ne sert de courir, surtout quand on sait qu'une
journée dépasse rarement 24 heures.
Ainsi donc, une fois le bolide hors de vue, je remis mon
clignotant, côté gauche cette fois, pour revenir circuler sur la voie publique,
voie publique, voie publique, en jetant des regards pathétiques, aux passereaux
honnêtes, je revenais circuler sur la voie publique, voie publique, voie
publique, en disant des je t'aime pathétiques, à leurs petites gueules bien
sympathiques.
Je fus à peine engagé, j'étais encore en pilotage manuel, qu'à
nouveau, un nouvel arrivant vint m'attaquer
par derrière. Nous étions engagés dans une série de lacets, soit deux virages
consécutifs, et je vis dans mon rétroviseur laser que le conducteur tentait d'amorcer
un dépassement sur la gauche, car s'il l'avait fait sur la droite, il aurait
probablement terminé tragiquement sa course au fond du fossé, mais j'avais deviné
qu'il ne s'agissait là que d'une diversion destinée à m'intimider.
Je réfléchis donc rapidement à comment je devais réagir et
je décidai de ne rien décider et de conduire selon mon habitude, comme si de
rien n'était.
Cette tactique fonctionna et le conducteur me suivant prit
son mal en patience et resta derrière moi pendant deux virages.
Une fois que je fus sorti du second virage, je me suis dit :
"Je suis sûr que le bonhomme va me doubler". Et bien, vous n'allez
pas me croire, il m'a effectivement doublé.
"Que d'émotion en ce début de journée", me
suis-je dit.
Au terme de ces péripéties en boucle, ce qui est normal,
pour des lacets, j'arrivai déjà dans l'agglomération. J'avais donc pris un
nouveau virage dans l'AVI. Oui, en effet, j'avais une golf de location. Ouf, j'avais
donc évité un troisième nouveau venu. Il restait juste un danger potentiel, le
passage du rond point qui s'assimile davantage à de la roulette russe qu'à de
la circulation routière.
Puis, j'arrivai sur mon lieu de travail indemne et
opérationnel. Et oui, tout le monde ne le sait pas forcément, mais j'ai une vie
particulièrement trépidante. |