La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Voyons comment à l'instant même
Le négrier tient le pouvoir suprême.
Un esclave se désaltérait
Dans une salle de repos obscure
Un négrier surgit bien jeune, qui voulait de cet espace la
fermeture,
Et que l'envie d'en découdre animait
Qui donc t'a permis d'arrêter ton ouvrage ?
Dit cet employeur plein de rage :
Tu seras congédié, tu l'as bien mérité.
Patron, répond l'esclave, que votre jugement
Me préserve d'un injuste châtiment
Mais considérez, s'il vous plait un instant
Qu'en prenant une pause et bien que m'arrêtant
Je retrouve des forces qui me faisaient défaut
Et épuisé mon torse à travailler bien trop
Et que par conséquent, en aucune manière
Me reposant, ici, l'usine je ne dessers
Bien au contraire
Tu la dessers, reprit le négrier hargneux
Et ne saurait tolérer en aucune façon
Que toi esclave puisse me faire la leçon.
Me croyez-vous capable d'un tel affront ?
Vous êtes tout pour moi et surtout le patron.
Reprit l'esclave ; Et j'en suis sûr, vous êtes bon au
fond.
Tu te trompes, esclave, bafouilles et déraisonnes
Tu n'es vraiment qu'un cave, je ne suis bon pour personne,
Mais de caves comme moi, vous avez bien besoin,
Reprit l'esclave, et
feriez bien d'en prendre soin
Si vous souhaitez que votre usine tourne
Il faut maintenant que mon travail j'ajourne,
Ou de moi plus rien vous n'obtiendrez
Je m'affaire, mais en vain, car je suis accablé.
Épargne-moi tes plaintes ici, tes jérémiades
Tes amis et toi-même en avez une pléiade
Si je te laisse prendre cinq minutes de repos
Demain, c'est dix minutes, je vois d'ici le topo
Un ami me l'a dit un gérant comme moi fortuné
Du jour au lendemain, obtempérant, il a fini ruiné.
Il n'est donc pas question que je cède et décide
Que moi seul ait raison et toi tu es stupide.
Prononcé la sentence, il ferma la salle de repos
Emmena l'esclave dans son spacieux bureau
Et il le licencia,
Sans autre forme de procès. |