Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh, quelle triste journée. Hier
encore, je ramassais des mûres, aujourd'hui, j'ai rasé les murs, pas les mêmes
bien sur. Des trombes d'eau se sont abattues sur le paysage. J'en trouve
pourtant encore à me dire : "Ah oui, mais de l'eau, il nous en faut !" ... Ben voyons !
Enfin, comme je le disais, hier je ramassais encore des
mûres, pendant le travail s'il vous plait, c'est-y pas du bonheur ça ? Le
métier de facteur est devenu plus difficile forcément, vu qu'on exige de nous
désormais plus de performance, de productivité, rentabilité, réactivité,
adaptabilité, mais, encore aujourd'hui, on peut arriver à ramasser des mûres
sur le temps de travail. Naturellement, le temps passé à faire cette démarche
sera autant de temps supplémentaire à accomplir ensuite avant de terminer sa
vacation.
Il n'empêche, il est quand même confortable de pouvoir commettre
quelques écarts parfois, sans léser personne au demeurant.
La veille de cette récolte, je m'étais arrêté dans un petit
chemin de terre, ayant la ferme intention de délester ma vessie d'un
encombrant chargement, et là, quelle ne fût pas ma surprise de voir cette
multitude de fruits rouges n'attendre que moi pour être ramassées. Hélas, je n'avais
pas de récipients à ce moment pour soustraire à la nature ces mûres qu'elle m'offrait
généreusement.
Je remis donc au lendemain ce que je n'avais pu faire la
veille, respectant ainsi scrupuleusement un proverbe bien connu.
Les mûres étaient énormes, j'ai cru tout d'abord qu'il s'agissait
de mûres OGM, vu qu'il y a dans ce secteur du maïs OGM en culture
expérimentale. Mais je décidai de faire comme si c'était des mûres normales
pour faire taire toute rumeur naissance qui serait infondée et s'apparenterait
de fait à des mûres mûres … !
Bref, je réalisai une fructueuse récolte, sans avoir à
récolter le son du champ de blé d'à côté, car chacun sait qu'il est extrêmement
difficile dans certaines conditions de séparer les mûres du son. |