La pluie s'est abattue sur la Bretagne et, à en juger par
la météo, dont chacun sait qu'elle est infaillible, sur l'ensemble de la façade
atlantique.
- "Ca vous fait
quoi à vous d'habiter une façade ?
- "Rien, et vous ?
- "Rien non plus, bon ben merci.
Ce matin, j'assurai comme à l'accoutumée ma mission de
service public, en clair je distribuai les factures et l'horrible publicité à l'endroit
des usagers lorsque, le nez collé au pare brise, l'essuie glace en action et le
ventilo à fond les gamelles, un oiseau vint percuter violemment la façade
attentiste de mon véhicule de fonction. Nul doute que le volatile est désormais
Ad Patres, au milieu des anges ce qui, au demeurant, ne devrait pas trop le
dépayser, car au moins il ne sera pas le seul à porter des ailes.
Ecraser un hérisson, un rat, un serpent, un lapin, un
lièvre, un chat, un volatile, un écureuil, parfois même un chien, ça n'est pas
spécialement agréable, sauf peut-être le lièvre pour le civet. Pourtant, c'est
monnaie courante et, à cet instant, je me suis demandé combien d'animaux et
insectes pouvaient chaque jour, au même moment ou à des instants différés, périr
ainsi sous les roues meurtrières des voitures. Ce doit être impressionnant.
L'heure d'avant, j'écoutais Hubert Reeves sur France Inter,
dont chacun sait que c'est un éminent astrophysicien reconnu(1). J'ai toujours
admiré cet homme cultivé, sympathique et érudit qui, en vulgarisant son
discours de scientifique, parvient à susciter un intérêt fort pour le domaine
qu'il exerce et, en particulier, dans celui de l'avenir de la planète, où il
fait allusion à la disparition des espèces animales et végétales.
Cette extinction se fait par voie naturelle lorsqu' une
variété animale ou végétale ne parvient plus à s'adapter à son environnement.
Cela se produit généralement durant quelques centaines, quelques milliers,
voire même quelques millions d'années.
S'agissant de l'homme, animal caractéristique s'il en est,
sa capacité d'adaptation dépend de ce qu'il en fait lui-même. La pollution, la
surpopulation, la surproduction industrielle et agricole, et toutes les
initiatives qu'il entreprend pour prospérer en se démarquant ou tentant d'apprivoiser
son environnement, se traduisent par une menace réelle et sérieuse sur les
chances de survivance de notre descendance.
Ainsi, pour la simple variété animale et végétale, elles
disparaissent au rythme de 100 à 1000 fois plus vite du fait de l'homme et de
son action que par extinction naturelle. Or, chacun comprendra que la nature
est en équilibre dans la mesure où la biodiversité joue son rôle dans un écosystème désormais
gravement compromis.
Ainsi Hubert Reeves décrit le monde d'il y a une trentaine d'années
où les grenouilles chantaient à tue-tête, les papillons voletaient à chaque
coin de rue, c'est une image et le fleuve Saint Laurent n'était pas une
poubelle, à l'instar de la plupart des fleuves existants. Il se veut néanmoins
optimiste et pas seulement alarmiste en considérant que les hommes peuvent
encore maitriser leur destin et gérer l'avenir, à condition toutefois qu'ils le
fassent rapidement et en considérant que ce défi sera d'une grande complexité.
En tuant cet oiseau ce matin, j'ai contribué peut-être à la
disparition future de l'espèce humaine.
(1)"Je n'aurai pas le temps" est le
titre des mémoires d'Hubert Reeves paru aux éditions du Seuil 2008
C'est tout à fait naturel et profondément sincère.
#3
Mounette écrit le samedi 24 mai 2008, A 18:58
Si les animaux et les végétaux pour la plupart disparaissent régulièrement que peut-on penser de la durée de l'Homme et qu'il y a-t-il de commun entre l'homme moderne et l'homme préhistorique. Ce qui voudrait dire que si l'homme ne fait pas sauter la planète il s'adaptera comme il a toujours fait. Il affectuera sa mutation en laissant derrière lui tout un monde. Des chercheurs travailleront sur notre ère et nous serons alors les dynosores de notre monde moderne.
J'ai toujours peur qu'un pigeon se fasse prendre par ma voiture et je lui dis "allez le pigeon bouge de là". Je suis satisfaite lorsque je le vois devant. Quand aux grenouilles dans ma maison j'avais un bassin et elle coassaient en juin. Mon voisin chef d'entreprise m'a dit qu'elles étaient célèbres jusqu'à Dijon où il travaillait car elle l'appêchait de dormir.
Les dinosaures ont vécu sur terre quelques centaines de millions d'années. Il est peu probable que l'homme égale cette performance, à moins qu'il ne trouve refuge sur d'autres planètes.
#5
edith écrit le samedi 24 mai 2008, A 20:09
tu m'as donné envie de lire ce livre, bonsoir mouillé
peintrefiguratif écrit le samedi 24 mai 2008, A 21:26
de même lorsque que l'on tue des mouches ou moustiques mais là je ne me pose pas la question.
bisous et bonne soirée
il a plut aussi ici à partir de 16h alors qu'avant nous avions du beau temps et maintrenant le ciel est gris
drôle de temps
bonne soirée
bisous
Ici, il ne pleut plus du tout pour l'instant. On a tout envoyé sur la région parisienne.
Bon week end à toi aussi Raymonde
#9
BARBOUILLY écrit le dimanche 25 mai 2008, A 09:01
Salut Woogy,
Elle est super la vidéo.J'adore le rythme et les paroles,et les
images.Pour un d'jeune comme moi,c'est super branché...çà craint!
Quant à ton texte,il est loin d'être plat...comme une façade!
Encore qu'une facade,bien exposée,génère la réflexion...
Bon,toi t'es un homme,donc pas de bonne fête aujourd'hui!
Mais bonne journée quand-même.
Je lirais bien les mémoires de Reeves.
Comme dit Mounette, l'homme s'adaptera probablement. Mais il adaptera aussi son environnement. A l'ère secondaire, les animaux et les plantes étaient très différents de ce qu'ils sont aujourd'hui. Ainsi que l'explique Woogy, l'homme sert d'accélérateur, mais pas seulement pour la destruction des espèces existantes : également pour l'invention de nouvelles espèces végétales et animales. Allez chez le fleuriste du coin. Il y a des tas d'espèces qui n'existaient pas il y a 50 ans. La nature aurait eu besoin de milliers d'années pour les créer ! Un personnage de fiction était "plus rapide que son ombre". L'homme, lui, est "plus rapide que la Nature" (péché originel, prévu par nos ancêtres). Le monde de demain sera différent, car l'homme se sera créé son propre environnement, un "décor vivant", à sa mesure, donc beaucoup moins varié que celui concocté par la Nature, car si elle est lente, elle est aussi très prolifique. Pour l'imagination, l'homme l'ayant héritée de la Nature, je crois qu'il ya compétition ! Bon rétablissement, Woogy.
Je suis d'un avis différent, non pas que je pense que l'homme n'est pas capable de s'adapter, mais il existe bien trop de garde-fous qui empêche une évolution rythmée des évènements et c'est en quelque sorte une course contre la montre dans laquelle nous sommes engagés. Il faudra donc d'abord que les hommes harmonisent leurs actions et leurs idées, sans parler des centres d'intérêts qui sont un frein considérable à l'avancée scientifique, pour espérer parvenir à défier leur environnement.