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Le brick à vrac
mardi 08 avril 2008, a 07:20
Pêche d'enfer !
 


La pêche à pied est à la fois un loisir agréable et l'occasion de réaliser des cueillettes de fruits de mer sans que l'empreinte des saisons ne s'en mêle. En clair, on peut pêcher toute l'année, à la condition toutefois que le cycle des marées soit respecté. L'endroit le plus prolifique pour la pêche en mer est sans nul doute la Manche, que ce soit pour les coquillages et crustacés ou bien pour le poisson. En ce dimanche 6 avril, nous sommes allés aux îles Chausey y passer la journée.


Généralement, nous sommes quatre, pas plus. Le capitaine et son bateau, deux mousses un brin expérimentés et un touriste, moi-même, pour vous servir, qui ne suis là que pour le décor ou presque.


Le coefficient de la marée était de 107 ce jour-là. Le matin, nous partons de Mayenne (53), petite agglomération de 15000 âmes, vers 8h00, en direction de Grandville (50). Une heure et ½ de route nous séparent de l'endroit, nous avons tout le temps, puisque la marée basse aura lieu à 15h40.


Le trajet se passe toujours de la même manière, on fait le tour des sujets, politique, économie, vie sexuelle de chacun, blagues à deux balles, etc. Parfois, le capitaine du bateau, portable en main, nous intime l'ordre de faire silence, il s'enquiert de la situation climatique auprès de la météo marine.


Ce jour là, aucun problème, les conditions annoncées la veille sont inchangées, mer peu agitée avec quelques rafales de vent, avec une amélioration en fin de journée. Si Bernard, notre capitaine, a le moindre doute sur un risque potentiel, il annule séance tenante la journée en bateau. Dans ce cas, la pêche aurait lieu sur la côte continentale.


C'est quand même rassurant de savoir que l'on peut confier sa vie en toute confiance à un homme soucieux de celle-ci, et de son matériel, cela va sans dire.


Arrivés à Grandville, nous longeons la côte jusqu'au port, l'océan est étrangement calme, à cette heure matinale, c'est de bonne augure pour la suite. Une fois encore, Bernard décroche le portable, appelle la capitainerie du port pour savoir si le bateau est prêt et à quel emplacement il se trouve. Puis, une fois sur place, nous chargeons le matériel, c'est-à-dire essentiellement le casse croûte et les vêtements, le reste étant déjà sur place.


Enfin, nous appareillons vers 10h30, tranquillement, direction la pleine mer et Chausey. Après 10 minutes seulement de navigation, le vent commence à se lever. Rapidement les premières vagues apparaissent et nous commençons à tanguer. Ce sont des vagues cassantes, avec un brin d'écume, qui s'activent et s'arrêtent au gré du vent. Rien à voir avec une houle fondée par les courants qui ondulent les vagues et que rien n'arrête. Le bateau épouse l'empreinte des vagues, le capitaine navigue à faible allure car, d'une part, nous sommes largement en avance et, d'autre part, aller vite fait consommer davantage le bateau. De plus, c'est davantage éprouvant pour les organismes.


A l'extérieur, il fait un froid glacial, alimenté par le vent et, fort heureusement, la bateau est équipé d'une cabine où nous sommes à l'abri, nous naviguons tranquillement à l'aide d'un GPS.


Comme nous prenons les vagues de face, il nous faut une bonne heure pour rallier Chausey. La mer est haute, nous nous engageons dans le chenal pour rejoindre un des coins de pêche que nous avons coutume de fréquenter. Puis, nous jetons l'ancre et préparons le casse croûte, c'est le meilleur moment du jour finalement, pourquoi ne pas l'avouer, c'est un instant délicieux.


Nous ripaillons jusqu'au retrait des eaux dans la plus franche rigolade. A l'accoutumée, beaucoup de bateaux sont dans notre proximité, nous échangeons volontiers entre nous notre expérience de marins et de pêcheurs, même moi je fais semblant.


Mais ce dimanche, il n'y a aucun bateau dans notre proximité. Les conditions météorologiques ont probablement découragé plus d'un marin amateur. Il faut dire que le vent à l'extérieur est particulièrement vif et froid. Parfois, quelques chutes de neige nous dissuadent d'aller au dehors.


Mais l'heure, c'est l'heure, le bateau est désormais au sec et nous avons 3 heures devant nous pour garnir nos paniers de pêche. Aujourd'hui, c'est la praire qui est l'objet de notre convoitise. Il s'agit d'un coquillage bivalve à coquille très épaisse et striée, cousine de la palourde, elle-même très abondante dans ce secteur, et que l'on peut pêcher du 1er septembre au 30 avril.


La praire se pêche de deux manières. La plus habile est appelée ici "la pissette". Muni d'une espèce de lance, on pique le sable jusqu'à apercevoir un jet d'eau submerger le sable. C'est ainsi que l'on détecte la présence d'une ou plusieurs praires. Il s'agit alors de faire vite et d'enfoncer la lance dans le sol à l'endroit de la projection et de retourner le sable et sa proie. Si on est trop lent, la praire s'enfonce rapidement dans le sable et nous la perdons définitivement.


La seconde manière consiste à ratisser le sable avec un râteau à 5 ou 6 bruns, cette manière peu élégante de pêcher est aussi la plus fatigante, mon dos en sait quelque chose. A maintes reprises, je m'arrête pour me mettre à l'abri du vent derrière de gros rochers. Au contact de l'eau de surcroît, mes mains sont violacées, c'est un vrai calvaire.


Finalement, la pêche sera quand même bonne et je ramènerai quelques 100 coquillages comestibles. Ce fût donc une bonne journée.


Le retour au port sera également plus aisé qu'à l'aller. Nous avons cette fois les vagues dans le dos. Parfois, nous ralentissons car ce sont elles qui, allant plus vite que nous, nous entraînent gentiment vers le rivage, sans que nous ayons besoin de forcer l'allure. De toute façon, il nous faut attendre aussi l'ouverture des portes du port qui a lieu à 18h00 précises.


Voilà, retour enfin au bercail dans la voiture, au chaud, chacun fait le récit de ses exploits, les discussions sont plus espacées et les silences plus nombreux, la fatigue est là pour tout le monde.


Ces journées de pêche ne sont en rien lucratives. Elles reviennent bien plus cher qu'elles ne rapportent mais, au final, nous y avons trouvé ce que nous étions venu chercher, un instant de bonheur, conjugué à l'insouciance d'un instant passé loin des préoccupations quotidiennes, loin des problèmes du monde. Cela n'a pas de prix.

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Commentaires
#1
Mounette écrit le mardi 08 avril 2008, A 08:26
Bonjour Woogy,
J'espère que ton dos se remet de tes exploits !!!
En te lisant je me remémorais une pêche aux ... je ne me souvient plus mais de poisson dans ces mêmes îles de Chausey. Nous étions cinq : un couple de clients normands nous et la drôlesse. A l'allée c'était très tape-cul, il fallait prendre la bichette sur les genoux, le bruit lui faisait peur. Trois lignes mises à l'eau, deux coupeuses de têtes et la pêche commence avec pour radar les mouettes. Nous avons fait une moyenne récolte mais heureusement car en rentrant le congélateur était plein et ces personnes étaient au camping. J'ai cru que nous ne pourrions même pas ramener un mini barbecue pour notre retour. Dame il faut bien vivre l'hiver. Avant, une autre pêche avait eu lieu dans la baie du Mont Saint Michel avec les filets tendus pour accueillir le poisson, la moisson est en principe fructueuse. Je n'y était les dames attendaient les héros, la bichette faisait partie du groupe. Nous avions fait aussi une sortie en voilier qui ne sortait presque jamais il appartenait à un de leur ami nous avons fait un rond dans l'eau et vu le manque d'expérimentation, nous avions un peu la trouille mais la mer était calme. Nous aurions bien pris les choses en mains mais des fois que !!!! nous avons juste eu le droit d'être passagers. Mais c'était de bons clients pour notre entreprise !!!
#2
woogy écrit le mardi 08 avril 2008, A 11:48
Pêche au lieues, maquereaux, seiches, bars ... ? En revenant de ma journée de pêche, j'ai eu l'impression d'avoir travaillé dans le jardin toute la journée. Pourtant, à y regarder de près, par ma fenêtre, je me rend bien compte que non. Du côté de Chausey, il y a également, outre les mounettes, heu je veux dire les mouettes, des groupes d'oies de Bernache.
#3
mybabylove écrit le mardi 08 avril 2008, A 10:31
kikou

tu as bien raison
le plus important c'est de faire de cet instant
un moment d'évasion et de pur bonheur
un moment de détente meme si crevant
mais un instant de plaisir à accomplir
j'adore les crustacés et les fruits de mers...sauf la pieuvre beurk
merci woogy pour ton vote
pas la pèche (mdr) alors excuse de mon absence
mais au moins je te saoule pas avec mes délires!!

bisous

kiki
#4
woogy écrit le mardi 08 avril 2008, A 11:52
Ah Kiki, tu aimes les fruits de mer donc, c'est très bon, délicieux, inoubliable.
#5
Mounette écrit le mardi 08 avril 2008, A 12:46
J'allais dire maquereaux mais je n'étais pas sûr quand aux oies de bernache je ne connais que leur petit : le confiseur Lyonnais Bernachon !!!
#6
Abbounette écrit le mardi 08 avril 2008, A 15:51
Coucou Woogy !

Kiki a raison : l'essentiel ce n'est pas le rendement d'une activité en valeur marchande, mais le plaisir qu'on y prend. Pour le jardinage, puisque tu as fait la comparaison question fatigue, c'est un peu pareil, cela vaut surtout pour le plaisir de déguster ses propres récoltes plus que pour les économies, réelles ou supposées, réalisées.

Ta description de la pêche aux praires me rappelle une autre pêche que j'ai apprise sur l'Ile de Batz. On tapait des pieds sur le sable à marée basse, et lorsqu'on apercevait un jet d'eau sortir du sable, on creusait pour capturer le coquillage. Les gens du coin appelaient ces coquillages des "couilles de cheval". Je ne connaît pas son vrai nom. Je suppose que tu sais de quoi il s'agit. En tout cas c'est très bon !

Bises !
#7
woogy écrit le mardi 08 avril 2008, A 17:54
Non, je ne connais pas les "couilles de cheval". Je connais le "PD", un autre coquillage non comestible, mais pas celui-là. Il faut dire qu'il y en a des quantités, avec des noms divers et variés selon les endroits.
Pour le jardin, je partage entièrement ton opinion et c'est aussi dans cette optique que je fais mon jardin. Mais si je devais calculer à combien me reviennent mes récoltes, je serais probablement horrifié ...
#8
woogy écrit le mardi 08 avril 2008, A 17:52
Il y a effectivement des bancs de maquereaux en grand nombre. Bernachon,je ne connais pas, mais j'imagine qu'il fait aussi de très bonnes choses...
#9
peintrefiguratif écrit le jeudi 10 avril 2008, A 00:09
les coquillages que l'on récolte soi même sont encore meilleurs,
c'est un plaisir qui ne vous coûte rien, sauf des courbatures
les praires c'est vraiment bon
j'en ai l'eau à la bouche
par contre je ne connais pas les couilles de cheval
cela doit être sur les cotes normandes il y a souvent des chevaux qui courent le long des plages et à force de courir sûrement leurs parties tombent dans le sable et c'est cela que abbounette ramasse (mdr)
#10
woogy écrit le jeudi 10 avril 2008, A 06:19
Je n'avais pas pensé à cela, mais voilà une explication extrêmement intéressante, on va demander cela à Abounette.
#11
Abbounette écrit le jeudi 10 avril 2008, A 10:22
Disons que ces coquillages pourraient servir de rallonge pour ceux qui veulent absolument se mordre la queue sans se briser une côte...
Les gens du coins appelaient ces bestioles couilles, mais elles ressemblent davantage à, disons... la sortie ! Bon j'arrête là, il y a aussi des mineurs qui lisent les blogs, lol.
Ca m'intrigue, ce coquillage que personne ne connaît ailleurs que sur l'Ile de Batz. A l'occasion, faudra que je fasse une recherche sous google-hopf !
Bisous salés
#12
woogy écrit le vendredi 11 avril 2008, A 08:50
Bonne idée. Dès que je verrai des pêcheurs autochtones avertis, je vais m'empresser de demander s'ils connaissent ce nom mémorable et t'en ferai part, promis.
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