Le marché est un endroit convivial, où se rassemblent des
commerçants, producteurs, des artisans et animateurs en tous genres, pour
proposer aux consommateurs que nous sommes un certain panel de produits frais
et variés, innovants ou insolites.
Le marché a un charme indéniable. D'une part, il n'a pas
lieu tous les jours, sauf dans certains arrondissements parisiens, il est animé
et bruyant, nous offre des odeurs alléchantes, la bonne humeur y est de
rigueur, les produits qui y sont exposés sont, d'une manière générale, de bonne
qualité et le seul inconvénient que nous pourrions objecter, à ce sujet, c'est
la cherté qui fait la loi du genre.
Toutefois, certaines astuces permettent de contourner ce
problème, ponctuellement, selon la nature des produits, les périodes d'achats, à
savoir s'il s'agit de denrées périssables rapidement ou non, dont la non vente
en fin de marché permet d'en négocier l'achat, c'est toujours mieux pour le
vendeur de solder plutôt que de jeter.
S'agissant de produits non consommables, la négociation de
leur achat dépendra du succès du nombre des ventes qui s'ensuivront.
Attention toutefois, les marchands, ne nous y trompons pas,
ont l'art et la manière de nous embobiner, c'est leur métier, si ce n'est une
vocation. On pourrait même appeler cela un jeu si, en filigrane, il n'y avait
cette récurrente question d'argent.
Ce type de transaction nous donne un cliché tout à fait peu
ordinaire, amusant, joyeux, ennuyeux, exaspérant, très drôle, mais ces scènes
ne nous laissent jamais indifférents, ni uniquement des spectateurs passifs.
Chacun de nous y a un rôle.
Du marché type, c'est les Halles que je préfère. C'est un
endroit fermé, véritable caisse de résonance où se révèle l'activité dense et
animée, à l'image d'une cité miniature, ou bien alors plus abstraitement d'une
fourmilière, c'est magique.
Ce type de marchés, les Halles, sont particulièrement
concentrées dans le sud Parisien, mais on en trouve partout, avec d'ailleurs
des styles d'architectures plurielles. On en trouve une par exemple à Villebois
Lavalette, aux portes du Périgord, petite ville méconnue, mais dont les vertus
de présentation du site des Halles laissent à l'imagination un parfum d'ambiance
indescriptible.
Lorsque madame Woogy et moi-même allons au marché, nous nous
séparons immédiatement, car nous savons l'un et l'autre que nos centres d'intérêts
sont quelque peu différents. J'ai un faible pour tout ce qui attrait à l'alimentaire
ou, devrais-je dire, le fleuron de la gastronomie et du terroir réunis, tandis
que madame préfère la confection, les parapharmacies, les étalages de bibelots
en tous genre.
Généralement, nous nous donnons rendez-vous à un endroit
précis, à une heure précise. La plupart du temps, nous ne respectons ni l'un,
ni l'autre, l'une des règles que nous nous étions fixées et cela se termine en
pugilat, façon de parler bien sûr.
Pour ma part, lorsque j'arrive au marché, je commence par l'inspection
de toutes les poissonneries, les boucheries, les charcuteries, les marchands de
légumes pour répertorier tous les produits exposés qui suscitent chez moi un
intérêt. Après avoir établi une comparaison qualitative globale, je recommence
pour affiner les critères de sélection et, ensuite, je regarde les prix.
Mon esprit se transforme alors en une caisse enregistreuse
avec option transformation des francs en euros et réciproquement. A cet
instant, je suis sourd à toute sollicitation, d'où qu'elle émane.
Une fois accompli ce rite, je sélectionne les quelques
produits dont je suis à peu près certain de vouloir faire l'acquisition, et je
refais un dernier tour pour m'en convaincre. C'est l'instant de vulnérabilité,
celui où le vendeur, implacable calculateur, ressent cet état méditatif et, c'est
un véritable tour de force, il vous canalise au bon moment, dans une foule
pourtant dense et vous entraîne dans son antre.
A cet instant précis, il utilise tous les artifices imaginables
pour vous déstabiliser et vous amener, inexorablement, à opérer une transaction
immédiate et vous coupe autant que faire se peut de toute réflexion utile, de
toute capacité à réagir contre sa volonté, celle qu'il a de vendre et celle qu'il
a de vous en convaincre.
Qui peut oser prétendre n'avoir jamais été piégé par un
vendeur malin, usant de la compassion, grattant les cordes sensibles qui
constituent nos points faibles, arguant de l'absolue nécessité de tel ou tel objet,
bref, faisant son métier en somme.
Finalement, on est confronté, à aller au marché, à la
cohabitation devenue inhabituelle avec nos congénères, ce qui nous projettent à
nouveau dans le cycle de l'humain acceptable, avec tous les avantages et
inconvénients que cela comporte, ce qui contraste tout de même avec les
hypermarchés gigantesques, où les gondoles vomissent leur marchandise à 90 %
inutile.
A bien y regarder, on peut même se demander de quel côté de
la gondole se trouvent les légumes, les
allées et venues des consommateurs que nous sommes tous, ceux qui arpentent les
allées comme un seul homme, les hauts parleurs qui bafouillent des annonces
inintelligibles et quelquefois inaudibles, des caisses où le client s'engouffre,
mais le goulot est plein et il s'impatiente, laisse s'exprimer son humeur
maussade.
Qu'il se rassure, le gentil consommateur du futur, des
caisses automatiques se mettent en place, petit à petit et, pour son plus grand
bonheur, il passera encore plus inaperçu qu'il ne l'est déjà, bien malin qui
pourra dire même s'il existe vraiment. |