Le 8 décembre 1995, Jean Dominique Bauby, rédacteur en chef
du magazine "Elle", est victime d'un grave accident vasculaire cérébral. Il est hospitalisé
à l'hôpital maritime de Berk, dans le Pas de Calais, établissement spécialisé
dans ce type de thérapie.
Là, il apprend qu'il est victime d'une maladie extrêmement
grave, le "locked in syndrome" ou enfermement
de soi, un état neurologique rare qui laisse la victime consciente, sensible au
toucher et à la douleur, contrairement aux états de paralysie classique.
Le "locked in syndrome" est une maladie ancienne, décrite déjà
par Alexandre Dumas, dans l'œuvre du "Comte de Montecristo", où les symptômes écrits
par l'auteur ressemblent à s'y méprendre à cette terrible maladie.
La notoriété de Jean Dominique Bauby, son potentiel
intellectuel gardé intact et la rage de vivre qu'il l'a habité durant son douloureux
périple ont permis de mettre en lumière, par son courageux témoignage écrit "le scaphandre
et le papillon", où chaque lettre de l'oeuvre était communiqué par le battement de sa paupière, le calvaire que subissent ceux qui en ont été et qui en sont
encore aujourd'hui les victimes.
Ce livre qui est paru l'année suivante a aussi fait l'objet
d'un film du même nom, un pari osé pour son producteur, mais qui a reçu de
justes récompenses aux remises d'oscars en février 2008.
Dans un tout autre registre, Ingrid Betancourt, dont on suppose
qu'elle serait atteinte d'hépatite B, est elle aussi victime d'une toute autre
maladie, la folie des hommes. Prisonnière d'un groupe armé révolutionnaire
dénommé FARC, elle est leur otage depuis 7 ans, contre son gré, et en proie
semble-t-il à des maltraitances et non assistance médicale.
J'ai pu lire, ici ou là, qu'Ingrid Betancourt n'était pas la
seule à subir de par le monde ce type de traitement.
Il est avéré, en effet, que de par le monde, les tortures,
arrestations arbitraires, molestations, intimidations, les mises à mort,
légales ou sauvages, censures de toutes sortes sont monnaie courante et, en
cela, le sort d'Ingrid n'est pas unique. Amnesty International est submergé par
des tonnes de dossiers de victimes.
Néanmoins, par l'ampleur médiatique de cette affaire, la
notoriété de la victime et la force qui la caractérise, Ingrid Betancourt est
devenue bien davantage qu'un otage ordinaire, de la même façon que Jean
Dominique Bobby n'était pas, lui non plus, un malade ordinaire.
Non, ils sont devenus bien plus que cela, ils sont devenus des
symboles. A travers eux, c'est tous ces malades, tous ces prisonniers qui sont,
d'une manière ou d'une autre, mis sous les feux de la rampe. Ils y sont
présents pour retrouver, en l'espace d'un court instant, la dignité qui leur
est due, la connaissance de leur situation relayée par les médias a permis leur reconnaissance et l'acceptation de leur
condition d'être humain.
Difficile de rester insensible face à une tragédie, là où les
acteurs ne jouent pas un rôle, mais ils sont ce rôle. Nous sommes les
spectateurs d'un conflit perpétuel en mouvement, où les systèmes sont le diktat
de l'homme, l'homme étant à la fois sa victime et son bourreau. On y voit apparaître la décadence et la
grandeur en simultané avec peut-être au final, un seul vainqueur, du moins
espérons-le : L'avenir. |