Il est des proverbes dont je me demande en quoi ils sont
fondés. "Loin des yeux, loin du cœur" est l'un de ceux là. Si on considère la
définition de l'expression, on en déduit que la cohabitation rythmée et
soutenue de deux êtres est synonyme d'affection et renforce les liens qui les
unit. A contrario, l'absence physique serait un facteur d'atténuement de cette
relation.
D'une certaine manière, on peut admettre en effet, dans une
relation amoureuse, qu'il en soit ainsi et que l'éloignement puisse susciter la
tentation, celle d'aller chercher ailleurs ce que nous n'avons plus sur place.
D'un autre côté, on peut aussi imaginer que l'absence peut être positive en ce
sens qu'elle ne génère pas de conflits de cohabitation. Elle élimine de fait
les contraintes liées à la vie commune et préserve l'indépendance des deux acteurs
de vie.
En tout état de cause, ce type de situation est lié au
sentiment certes, mais aussi au sexe. Dans ces conditions, pourquoi ne pas dire
plutôt : Loin des yeux, loin du sexe … !
Hier soir, tard dans la soirée, un coup de téléphone
inattendu m'apprend le décès d'un homme que j'ai connu il y a 25 ans, avec
lequel j'ai travaillé brièvement, 3 mois environ, sur le chantier d'une maison
de retraite. Il était sculpteur de métier et je me souviens que nous avions des
discussions très animées sur tous les sujets possibles et imaginables, au moment
du déjeuner. Ce petit bonhomme frêle, à la barbe hirsute, avait notamment un
caractère bourru qui dissuadait toute personne bien intentionnée d'entrer avec
lui en contact. Et pourtant, il était bien loquace quand on savait bien entrer
dans son univers. Il expliquait notamment comment il concevait ses plans et,
une fois la vision de son projet finalisé dans son esprit, son travail d'artiste
était achevé et c'est l'artisan, donc encore lui, qui prenait le relais pour en
faire la matérialisation.
A l'annonce de sa mort, j'ai partiellement revécu cette
période riche d'enseignement et rien de négatif n'est venu entacher mon
souvenir, loin des yeux, près du cœur.
Les circonstances de vie, dans leur diversité, génèrent des
réactions forcément distinctes les unes des autres, ce qui exclut de fait que l'on
puisse généraliser un état de fait, par l'utilisation abusive de certains
proverbes, même bien amenés et dont la consonance ne fait plaisir qu'à l'oreille
qui l'écoute complaisamment.
D'aucuns diront que les proverbes ont toujours à la source l'accent
de la vérité absolue et qu'il n'y a pas de fumée sans feu.
Pourtant, la fumée se produit également par simple
échauffement mécanique … ! |