C'est curieux comme parfois on peut avoir l'esprit tordu.
Quand j'ai commencé à bosser à 20 ans, j'ai commencé par balayer. A l'époque, c'était
un métier, nous disait-on, et voilà mon chef dont la vocation première était
celle du maniement du balai lors de ses premiers pas dans la vie
professionnelle qui entreprît de m'apprendre à balayer. "Jamais vers le
haut le balai, toujours au ras du sol pour éviter la projection de poussière", hurlait-il en parlant. Nous utilisions des balais de paille, comme il en existe toujours,
et nous arrosions le sol parcimonieusement avant de s'atteler à la tâche.
C'est probablement le meilleur parcours professionnel que j'ai
connu. Quand on balaye, on ne fait rien d'autre, sauf rêver. Pensez donc, à 20
ans, tous ces fantasmes qui s'entrechoquent dans les neurones frais de l'apprenti
juvénile du monde du travail.
Je sursautais parfois lorsque j'entendais
le chef qui, surveillant subrepticement mes faits et gestes, de manière
imprévisible, vociférait tout à coup, me surprenant sur le fait, avec l'accent
du triomphe : "Mais que fais-tu donc, tu as vu ça ?" Je
regardais par terre et, au beau milieu du tas de poussière et de sciure
scintillait un trombone, pas à coulisse hein, un trombone de bureau. "C'est
du fric ça", me disait-il en menaçant de le déduire de mon salaire.
Mais, le reste du temps m'était favorable et je continuais à
vivre des aventures insensées au rythme de mon balai.
Soyez-en sûrs, ceux qui peuvent penser à autre chose tout en
travaillant sont des privilégiés. Ainsi donc, ce matin et bien que je ne balaye
plus, je pensais précisément et à quoi ? Au fait que j'avais vraiment l'esprit
tordu.
Je me suis surpris à chercher des jeux de mots sans précisément y
penser, un réflexe en quelque sorte, ce qui m'a donné l'envie d'en faire une toute
petite histoire que je vais vous conter.
Il était une fois une jeune et jolie damoiselle qui faisait
rêver tous les garçons de son âge, ceux plus jeunes et ceux plus vieux aussi d'ailleurs,
mais voilà, elle avait un frère qui s'appelait Richard, mais que tout le monde
surnommait Ritchie. Comme chacun sait, Ritchie est en écossais le diminutif de
Richard et il est surtout utilisé dans l'Ouest de la France par les Français donc.
Sa jalousie était telle cependant qu'on aurait plutôt cru qu'il
était du genre mafiosi que breton. Dès qu'un jeune premier tentait de s'approcher
d'Odette, Ritchie arrivait pour l'en dissuader.
Un jour, Odette, qui était belle et en avait marre de la
pression permanente de Ritchie et de sa jalousie, décida de faire le mur un soir
et d'aller en boîte toute seule. Lorsqu'elle arriva dans la salle, tous les
regards se tournèrent vers elle. Elle prît son temps, dévisagea chacun d'eux
et, tout à coup, elle aperçut son élu d'un soir. Elle s'approcha de lui, ils
échangèrent quelques mots, puis quelques joyeux rires de connivences et lui,
serein, décontracté et désormais sûr de son fait, la priât pour danser et ils s'invitèrent
donc sur la piste éclairée de mille feux.
Tous les yeux étaient fixés sur le couple qui évoluait enlacé fiévreusement. Elle s'abandonnait désormais dans les bras du Don Juan et lui
consommait son plaisir dans la démesure après avoir consommé quelques bières et espérant
la consommer elle.
Seulement voilà, Ritchie était un coriace, du genre malin même on
peut dire. Il n'ignorait rien des envies pernicieuses que sa cadette pensait en
secret garder à son insu.
Il l'avait donc suivi, en cachette, jusqu'à la boîte de nuit
et avait attendu patiemment, non sans bouillonner de rage, le déroulement des
évènements. Parvenu au paroxysme de sa colère, lorsqu'elle s'abandonna à cet homme
sur la piste de danse, Ritchie n'y tînt plus. Il avança promptement vers le
milieu de la salle, arracha la damoiselle des bras du tombeur, puis il expédia
un direct du droit dans la mâchoire du malheureux prétendant, qui passât du
statut de "tombeur" à celui de "tombé".
Moralité ? Qui s'paye Odette sent Ritchie … ! |